Le coup de foudre… un cocktail détonnant d‘hormones à déguster sans modération

Selon une enquête menée en 20121, 73% des français interrogés croient au coup de foudre, 52% déclarent en avoir déjà fait l’expérience et 33% placent l’amour en tête des éléments indispensables au bonheur.

Le coup de foudre, on le rêve, on l’espère, on le vit et parfois on le pleure… mais dans tous les cas, c’est un moment ponctuel mais puissant et euphorisant, similaire aux effets d’une drogue…. douce lorsqu’il est réciproque.

Mais quel est-il au juste pour qu’on utilise une métaphore météorologique pour l’évoquer ?

Un coup de tonnerre dans un ciel serein car oui, le coup de foudre arrive sans crier gare, il frappe sans prévenir, il cogne, il enflamme, il foudroie, il transperce, il traverse, il électrise, il hypnotise, il paralyse, il cloue sur place, il secoue, il remue, il chamboule, il bouleverse… Il illumine, il étincelle, il embellit…. On le voit, la liste des verbes pour le décrire est longue.

Stépanie Ortigue² , professeur de psychologie, parle même d’un effet euphorisant proche de celui qu’entraîne une prise de cocaïne. En effet, les pupilles se dilatent, la fréquence cardiaque augmente ainsi que la tension artérielle, les jambes vacillent, on transpire, on ressent de la chaleur dans le corps, des petits tremblements, les joues et les lèvres se rosissent, l’expression verbale devient hésitante, voire balbutiante, l’attention est toute entière tournée vers cet autre, plus rien d’autre n’existe, le monde se referme et une bulle se crée autour du couple coupant d’avec la réalité.

On a coutume de dire que l’état amoureux est le moment le plus pathologique d’un être normal car il correspond à un dépossession de soi.

Toujours selon Stéphanie Ortigue, il suffirait d’un cinquième de seconde pour tomber amoureux.

Mais que se passe-t-il donc ?

On a longtemps associé l’organe du cœur pour parler d’amour, du coup de foudre, ne dit-on pas d’ailleurs avoir un coup de cœur, peut-être parce qu’en effet, l’augmentation des battements cardiaques sont les premiers signes et aussi les plus bruyants que l’on ressent lors d’un coup de foudre.

Or les progrès de l’imagerie médicale ont levé une partie du voile sur ce mystère de l’amour, démystifiant ainsi ce qui, de tout temps, a fasciné le champ des arts et de la littérature en révélant qu’il était surtout question de courants électriques dans le cerveau, d’où l’idée de la foudre.

Il ne serait donc pas qu’une simple affaire de regards qui se croisent et de cœur qui bat, mais résulterait d’une cascade de réactions biochimiques au niveau du cerveau qui secréterait pas moins de 250 substances durant les différentes étapes du processus amoureux, et tout ceci à l’insu des foudroyés.

Le choc amoureux, pour reprendre le titre d’un célèbre ouvrage de Francesco Alberoni, devient très complexe car il fait intervenir une douzaine d’aires cérébrales dont le point de départ se situe au niveau du cerveau archaïque. Cette zone du cerveau reptilien qui perçoit les sensations les plus primaires (faim soif désir sexuel), fonctionne de manière instinctive et est source de comportements primitifs et automatiques. Les autres zones que sont le cerveau limbique (siège des émotions) et le néocortex (siège du raisonnement) permettent de transformer les sensations en émotions puis en sentiments.

L’activation des zones cérébrales, impliquées dans l’état amoureux, déclenche la sécrétion de nombreuses « molécules du bonheur » qui vont irriguer le cerveau et activer les voies dopaminergiques de la motivation et du circuit de la récompense, entraînant des réactions corporelles. La dopamine est un puissant stimulant qui, associée à la testostérone, la noradrénaline, à l’endorphine, à la phényléthylamine, la prolactine, la sérotonine, la lulibérine, l’ocytocine, la vasopressine, entraîne un état de bien-être, de plénitude, de complétude, d’hébétude, de frénésie où l’on se sent déborder d’énergie sans plus ressentir ni fatigue, ni faim, ni besoin de sommeil.

D’où l’expression vivre d’amour et d’eau fraîche.

Ce cocktail explosif entraîne même une focalisation hypnotique sur notre objet de désir qui le pare de ses plus beaux atours, l’enveloppe d’un manteau de douces illusions, faisant de lui un être parfait doté de toutes les qualités, délaissant ainsi l’être réel au profit de l’être idéal… ce qui fait dire qu’on est fait l’un pour l’autre et que l’amour rend aveugle.

Cet incendie d’hormones peut n’être qu’un feu de paille et s’éteindre assez vite, une fois la sécrétion des molécules du bonheur s’atténuant progressivement, cet autre que l’on ne connaît qu’à travers le prisme d’illusions et d’idéalisation peut nous décevoir. Car le cerveau, s’habituant aux décharges hormonales du début de la relation amoureuse, va perdre de sa sensibilité.

 

Qu’advient-il de l’autre une fois la vue recouvrée et l’euphorie passée ?

coup de foudre

Le coup de foudre

Certaines personnes, à l’instar d’une drogue dont il faut augmenter les doses pour en ressentir ses effets, ont besoin de toujours plus de sensations, ils chercheront à renouveler cet état d’excitation avec un(e) autre partenaire. 

Le défi pour les autres sera de transformer cette passion en amour durable en rencontrant l’autre une seconde fois mais tel qu’il est et non pas tel qu’on voudrait qu’il soit.

C’est le début de la vie à deux où chacun s’acceptera dans sa spécificité, ses différences, avec ses qualités et ses défauts, sa singularité qui le rend si unique.

Néanmoins, tout n’est pas biologique et la rencontre amoureuse est aussi la rencontre de deux inconscients qui se choisissent et réactivent à notre insu des mémoires anciennes qui sommeillent en nous et qui renvoient à nos premiers liens. Ainsi que le dit Marie-Laure Colonna, philosophe et psychanalyste, « dans l’état amoureux, nous vivons une forme de régression qui réactive le premier lien affectif fusionnel, avec la mère, ou au contraire, le répare s’il a été défaillant ».

Quoi qu’il en soit, même si son destin est tragique car éphémère, le coup de foudre peut frapper plusieurs fois dans une vie et ne connaît pas de limites d’âges.

Jannick Achour

 

(1) Étude réalisée par Ipsos Public Affaires pour I&E et Coca-Cola auprès de 1 015 personnes. Terrain le 4 et 5 mai 2012. Retrouvez cet article sur : www.e-marketing.fr – « Un Français sur deux a déjà eu un coup de foudre »

(2) Falling in love is ‘more scientific than you think,’ according to new study by Syracuse University professor Stéphanie Ortigue (October 18, 2010)